Parution d’un nouveau livre «L’enfant soldat “Murundi” Quelle réinsertion ? »

  Renaissance de la Société Burundaise dans ses enfants 

 

« Uwanka agakura abaga umutavu » -
L’ennemi de la vie étouffe celle-ci dans ses germes.
Le CENTRE UBUNTU reste préoccupé par son intuition de départ. La société burundaise ne peut renaître que si la base  des valeurs qui ont fait sa cohésion sociale à travers les siècles se rebâtit.  La mondialisation et les jeux géostratégiques   des puissances du moment ne peuvent réussir à vaincre le mouvement de la vie. De tous les déficits que le Burundi a connus ces dernières années, la désintégration de la base des valeurs constitue la perte la plus importante après les pertes en vies humaines. Elle explique même la transgression axiologique qui a ouvert le passage vers la cassure de la barrière de l’interdit et a ainsi permis l’immersion de toute une société dans une folie collective allant jusqu’au délire dans le bain de sang. Si des initiatives de reconstruction et de développement peuvent être envisagées, c’est seulement dans l’hypothèse que la base des valeurs est restaurée et que les valeurs tissant la constellation de l’UBUNTU recréent un horizon vers lequel converge de nouveau l’ensemble de la société burundaise.
 
A cet effet, une interrogation devra de nouveau agiter les consciences des fils et des filles de ce peuple, surtout dans la classe dirigeante ainsi que dans le chef de ceux qui aspirent à un quelconque leadership. Une société saine ne survit que quand elle se préoccupe d’abord de protéger les plus fragiles de ses membres. Les événements de ces dernières années, avec la hantise généralisée de survie, ont développé une psychologie du « sauve-qui-peut » qui a attrophié le sens de l’humain en conduisant le pays à des dérives politiques et économiques dont il n’est pas facile de se relever. Cette attrophie du sens de l’humain, surtout à l’endroit des êtres les plus faibles et les plus fragiles, y compris les enfants et les jeunes que la société traditionnelle chérissait tant doit appeler une thérapie conséquente.
 
Malgré ses contradictions internes fondamentales liées aux fondements philosophiques des sociétés occidentales promues par les lobbies au pouvoir aujourd’hui, l’opinion internationale est aujourd’hui très sensible aux lieux qui, par nature, sont porteurs de vie. Les femmes et les enfants, longtemps victimes d’une configuration sociale fondée sur la force physique primaire, retrouvent aujourd’hui une place dans une nouvelle architecture des valeurs. Le combat pour une nouvelle configuration éthique qui refonde l’humain n’est pas encore gagné. Certains combats peuvent même être piégés en nous conduisant vers un irrationnel qui nie, par définition, la loi naturelle au profit d’un simple consensus autour de conventions dont il est difficile de fonder la normativité, mais une nouvelle conscience se fait jour dans l’humanité sur l’entretien du berceau de la vie.
 
Cette conscience internationale nous rejoint au moment où la région africaine des Grands Lacs entreprend péniblement une période de reconstruction. Le moment de reconstruction est toujours porteur d’un ferment de créativité radicale où il est permis de repenser et repanser l’humain. Dans l’attention aux germes où se crée l’avenir, le CENTRE UBUNTU trouve stratégique d’affronter la question incontournable des traumatismes de guerre avec les nombreuses blessures historiques au sein des différentes couches de la population, les différentes mutilations subies, les différentes humiliations que les uns et les autres portent dans leurs chairs, souvent sans possibilité et force de les exprimer ou de les verbaliser.
 
Le CENTRE UBUNTU voudrait, à travers cette étude, donner la voie à un jeune ami sociologue, Désiré Yamuremye de la Compagnie de Jésus, témoin des violences de ces dernières années qui nous réveille sur la question des enfants soldats.         Le phénomène des enfants soldats a été une réalité complexe et massive dans le conflit politico-ethnique qui a marqué la région africaine des Grands Lacs en général, et la société burundaise ces 40 dernières années en particulier. La guerre semble être aujourd’hui dans sa phase de cendres avec des charbons non encore complètement éteints. Le désarmement et la réinsertion des enfants soldats dans leurs familles et communautés ont figuré sur le « check list » des faiseurs de paix dans ce qu’il a été convenu d’appeler communauté internationale, mais son écho se fait de plus en plus lointain aujourd’hui. Et pourtant, la mémoire burundaise s’est habituée à la ruse des vaincus. Il faudrait éviter les bombes à retardement. Les enfants soldats  ont vécu des expériences qui les ont marqués pour la vie et qui exigeront que la communauté nationale imagine une thérapie sociale propre à aider ces jeunes à convertir leurs énergies              en potentialités d’énergies positives capables de renforcer l’édification du pays pour les prochaines décennies.
 
Dans la perspective d’une société qui tente de revenir à la raison en s’ouvrant à la vérité socialement partagée sur son histoire avec une perspective d’ouverture à la réconciliation,                il s’avère nécessaire de porter à l’agenda contextuelle                    des mécanismes vérité et réconciliation cette problématique des enfants soldats. Ici se trouve engagé la responsabilité des générations actuelles face aux générations à venir, y compris celles non encore nées.
 
La question des enfants soldats constitue une préoccupation internationale. Au niveau du droit international et des normes internationales, des dispositions existent qui protègent cette catégorie sociale ; et ils sont rappelés dans cette étude. Mais au-delà de ces dispositions, l’auteur de ce travail voudrait rejoindre les particularités de la société burundaise dans un contexte encore marqué par la suspicion et l’exclusion pour célébrer l’enfance comme un appel fondamental à la vie. Nous ne saurions terminer ce propos sans féliciter notre collaborateur et ami Désiré Yamuremye avec qui nous ouvrons les voies depuis 2004 pour que la compagnie de Jésus et les frères prêcheurs de Saint Dominique au Burundi apportent ensemble leur contribution à la renaissance de cette région africaine dans l’espoir que celle-ci puisse retrouver le sens de l’humain.
 
 
                                                                                                                                               Fr. Emmanuel Ntakarutimana, O.P.
                                                          Coordinateur du CENTRE UBUNTU
 

 

 

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